Le rêve américain et les bons croissants de Nathalie et Mickael
Au menu : un rêve, des ouragans, des croissants français et le meilleur des petits déjeuners.
🎧 L’épisode du podcast avec l’interview de Nathalie et Mickael arrivera dans quelques jours.
World’s best !
En mise en bouche : la meilleure histoire du monde !
C’est peut-être un peu exagéré… mais c’est presque une habitude, voire une tradition, aux États-Unis d’exagérer, surtout dans le domaine de la restauration. Il n’est pas rare de voir des enseignes ou des menus afficher :
« Best burger in town » (meilleur burger de la ville), « world’s best » (le meilleur au monde) ou encore « most famous » (le plus célèbre). On ne sait jamais trop de quel classement on parle ni si c’est basé sur des faits.
Dans le monde de la pub, on appelle ce phénomène la puffery, que l’on pourrait traduire par « exagération vague ». C’est accepté (ou juridiquement valable) tant que c’est assez flou pour être impossible à contester. L’idée est de s’afficher avec beaucoup de fierté (ou de vantardise) sans que ça puisse être prouvé avec des faits. Plus c’est gros (et flou), plus ça passe.
Il y a une histoire que j’aime beaucoup à ce sujet. On est au tout début des années 1900. Le Jell-O (une gelée étrange, tremblotante et fluo, ultra-célèbre aujourd’hui) peine à se vendre. À ce moment-là, elle est même plutôt inconnue. Alors la marque décide de lancer une campagne publicitaire :
Jell-O, America’s Most Famous Dessert !
(Jell-O, le dessert le plus célèbre d’Amérique !)
Et ça fonctionne ! Si « toute l'Amérique » en mange, alors pourquoi ne pas tester ce produit, aussi étrange soit-il ? Un cas d’école de marketing agressif et donc de puffery.
Si je vous raconte tout ça, c’est qu’en arrivant devant le restaurant La Croisette à St. Pete Beach en Floride, il est indiqué dès l'entrée : « Best breakfast in Tampa Bay ». Je me dis que c’est sûrement exagéré, mais c’est la tradition. On entre.
Le restaurant (qui fait breakfast et diner) est charmant. Décor à l’américaine, le personnel est très sympa et à peine assis, le café est déjà servi. À la carte, du très classique américain : des œufs, du bacon, des pancakes pour le matin. Des sandwiches, des salades et des burgers pour le midi. Mais il y a des petites choses en plus : des croissants, une quiche lorraine, ou encore un croque-monsieur… Une petite touche française donc. On a trouvé cet établissement un peu au hasard, alors la surprise est belle. On commande.
Trahis par notre accent, la patronne vient nous saluer. Elle s’appelle Nathalie, elle est française et avec son mari Mickael ils tiennent ce restaurant depuis cinq ans. On entame la conversation. C'est un plaisir de manger de bons croissants, alors Nathalie nous révèle qu’ils viennent spécialement de France et nous précise en rigolant : « Mais je ne vous dirai pas exactement d'où, on arrête pas de se faire copier par les restaurants aux alentours, alors on garde notre fournisseur secret ».
Ce restaurant est rapidement devenu une petite institution locale alors je sors mon micro car j’ai beaucoup de questions (l’épisode du podcast avec l’interview en longueur de Nathalie et Mickael Roche sera publié dans quelques jours).
Pour commencer, j’ai envie de savoir quel était le projet, comment on en vient à s’exiler en Floride pour gérer un restaurant un peu français, mais surtout très américain. « Les États-Unis, c’était pour le rêve américain. On a choisi St. Pete Beach car Miami, c’est très cher. Quand on est arrivés ici, c’était un endroit où il y avait encore des choses à faire. Et ce breakfast, c’était notre porte d’entrée avec un visa d’entrepreneur, c’était le moyen pour venir aux États-Unis ».
« Ce restaurant, c’est maintenant le pilier de notre expérience américaine ».
French Touch
Ce qui est étonnant dans ce projet, c’est qu’il est très américain : « C’est vraiment un American breakfast avec des œufs bénédicte, des omelettes, tout ce qu’on peut trouver dans les diners typiques ». Le restaurant existait déjà depuis les années 80, Nathalie et Mickael y ont apporté une vraie touche française, loin des clichés des restaurants « français » que l’on trouve aux États-Unis : « On a rajouté des quiches maison, des croissants français au beurre et à la farine française, des crêpes maison ».
On est ici dans un établissement de quartier, c’est touristique, mais la clientèle est d’abord locale. Et ce qui m'intéresse, c’est d’avoir leur ressenti comme restaurateurs français servant une clientèle aux habitudes bien américaines. « En France, le petit déjeuner, c’est un café et une tartine, tandis qu’ici, c’est un vrai repas à part entière. Ce qu’on mange le matin ici pourrait tout à fait convenir pour un repas chez nous ». C’est vrai qu’avec ces portions généreuses, on est sur un solide petit déjeuner.
Il est 11 h ce jeudi et la salle ne désemplit pas. Une clientèle d’habitués, des établissements autour qui tentent de copier leurs recettes, le rêve américain semble fonctionner pour eux. « Il a été réussi, mais il a été pris en plein vol », tranche Mickael.
Ouragans et résilience
À l'automne 2024, les ouragans Helene et Milton frappent durement les États-Unis et notamment la côte ouest de la Floride. Le restaurant est inondé, il y a beaucoup de dégâts. Nathalie poursuit : « On avait une assurance inondation pour notre maison, mais pas pour le restaurant. Cela a mis un gros coup au rêve et à tout ce qu’on avait construit. Mais on a tout reconstruit. On est restés fermés six mois. Et là, on repart comme à zéro ou presque ». Il en faut du courage. D’abord, pour décider de tout quitter en France, devenir entrepreneur aux États-Unis, se faire accepter « au début c’était vraiment pas facile » et devoir tout reconstruire. Un rêve américain pas de tout repos.
Malgré les épreuves, la difficulté des débuts, les ouragans et la reconstruction, le pari est réussi pour le couple. Le quotidien n’est pas simple, l’actualité non plus, mais on constate un enthousiasme débordant chez eux.
« Ça va faire six ans que nous sommes arrivés. Les prix ont augmenté, l’immobilier a augmenté, les salaires ont augmenté et surtout l’essence en ce moment augmente. Mais à part ça, on n’a pas de problème. Les Américains sont toujours les mêmes et ils sont assez sympathiques, d’ailleurs ».
« On se voit vieillir aux États-Unis. On a deux enfants qui vont à l’école et qui vont continuer leur scolarité aux États-Unis. »
Une fois le micro coupé, Mickael me parle du développement d’un projet solidaire qui dit beaucoup sur leur rapport à leur nouveau pays d’adoption. En plus de proposer des croissants, ils souhaitent désormais se rendre utiles.
Un manque dans cette vie américaine ?
C’est la question classique. Et la réponse est souvent la même : « Le fromage ! »
« Oui, le fromage et la crème fraîche. On arrive à en trouver un peu, mais ce n’est pas terrible. En France, on habitait à côté de Nice, donc on avait l’Italie tout près. On était bien pourvus en fromage et en charcuterie. Ça, ça nous manque un peu ici. »
De notre côté, on est contents d’avoir sous la main de bons croissants croustillants. On en prend deux de plus à emporter.
Au-delà de cette touche française, c’est surtout un restaurant à leur image qu’ils ont réussi à créer : c’est convivial, joyeux, attachant. Le genre d’endroit qui donne envie d’être un habitué.
Avant de partir, je taquine Mickael sur le « Best Breakfast ». Raté ! Il me répond que c’est très sérieux, il s’agit d’un classement réalisé par le Tampa Magazine. Cela fait même trois ans de suite qu’ils sont dans le top. Ils vont d’ailleurs être bientôt sélectionnés dans un autre classement encore plus prestigieux. Pas de puffery donc. J’étais mauvaise langue.
La Croisette
Tous les jours de 7 h à 14 h.
7401 Gulf Blvd, St Pete Beach, Floride.





Il est 9h sur la côte méditerranéenne le soleil est au rendez vous mon croissant m’ attends un peu de retard ce matin « à cause de la lecture de cette belle rencontre « super hâte de la suite