Votre hot-dog, vous le préférez comment ?
Au menu : de l'or, du pétrole, du café, encore un patron gourmand, beaucoup de dollars et des interrogations. À table !
En mise en bouche, un sandwich. Promis, je ne commencerai pas toutes les éditions de Sauce Américaine avec du fast-food… mais celui-là mérite qu’on s’y attarde un petit peu. On parle là d’un hot-dog. On a beaucoup parlé de ce hot-dog ces derniers jours aux États-Unis.
Vous allez vite comprendre pourquoi : 100 $. Un pain au croissant feuilleté (les Américains raffolent des croissants), de la saucisse de Wagyu1 australien, de la crème fraîche, du caviar et de la feuille d’or2… pourquoi se priver.
Son petit nom : le “Golden Glizzy”. Si vous voulez voir à quoi ça ressemble, il faut voir la vidéo qui a lancé le buzz, lorsque le rappeur Rick Ross l’a goûté, dans le restaurant de Miami qui propose cette gourmandise.
Alors évidemment, on est sur un produit évènementiel, ouvertement luxe et décadent. Ce n’est pas du tout un phénomène, c’est de l’anecdotique qui fait beaucoup parler sur les réseaux. C’est le côté pile de notre histoire.
Le côté face, c’est aussi de la nourriture qui coûte cher, trop cher. Mais de la nourriture de tous les jours.
Le coût de la vie aux États-Unis
C’est l’une des premières réponses que je donne lorsque l’on nous demande des nouvelles de notre vie ici : je trouve que la vie est chère.
Avant de vous donner quelques chiffres, une observation. Cela fait un peu plus de 8 mois qu’on est installés en Louisiane et à cette échelle on a déjà constaté quelques augmentations. Le café est l'indicateur parfait. À notre arrivée, le paquet de café moulu d’une marque distributeur de 12 oz (équivalent à 340 g, un format très courant ici) était aux alentours de 7-8 $. Il est désormais plus proche de 9-10 $. Ce qui correspond à environ 30 $ le kilo (27-28 € à la conversion actuelle). Les raisons sont multiples : l’augmentation des coûts du transport, la sécheresse subie au Brésil et ailleurs. Et les fameux tarifs douaniers n’ont pas aidé…
Pour gratter un peu le sujet, on peut aussi parler de la “shrinkflation”, cette technique pas spécialement honnête de modifier la qualité d’un produit ou d’en réduire la taille pour masquer une hausse des prix. On vend moins au même prix…
Pour le café, l’ancien format classique de 16 oz (qui correspond à une livre, l’équivalent de 454 g) laisse peu à peu la place au paquet de 12 oz. J’ai vu des petits malins (ou mesquins) faire des paquets à 11 oz (311 g) et j’ai lu que dans certaines enseignes on peut trouver de nouveaux paquets de 10 oz (280 g) voire 8 oz (227 g).
Le bœuf est aussi un bon indicateur de la hausse des prix. Vous savez désormais à quel point les Américains aiment les protéines. Le bœuf haché a pris près de 20% en un an. Là, la raison est structurelle, le cheptel bovin US est tombé à son plus bas niveau depuis 1951. Je creuserai ce sujet pour une prochaine édition en allant voir comment ça se passe au Texas.
Pour les œufs (la protéine préférée des Américains, hyper présente dans le quotidien), les prix ont baissé. La pénurie en magasins (à cause d’une sévère épidémie de grippe aviaire), qui a été l’un des sujets médiatiques de la campagne Trump/Harris de 2024 est plutôt terminée.
Niveau tarif, il faut compter autour de 4 $ la douzaine3 pour le premier prix (élevages intensifs) à plus de 10 $ pour les œufs bio.
Pour les restaurants, c’est la même histoire. Voici un chiffre qui dit tout :
Près de 70% des Américains réduisent leurs sorties au restaurant.
Comme une réponse à ce phénomène, je vois de plus en plus de pubs pour des formules '“extra avantageuses” à 4 ou 5 $ chez McDonald’s ou la possibilité d’adapter son menu à 7 $ chez Burger King. On en parlait la semaine dernière : les fast-foods qui étaient réputés pour servir de la nourriture rapide et pas chère jouent désormais sur un fil : proposer toujours plus pour justifier le coût et proposer de petites formules pour conserver la clientèle au budget serré.


Et tout ça, c’était avant la guerre
S’il y a bien un produit qui est le symbole ultime de la hausse ou de la baisse des prix, c’est bien l’essence et le fameux “prix au gallon”.
Il faut que je vous raconte comment ça fonctionne ici. En comparaison de la France, l’immense majorité des véhicules roulent à l’essence. Le diesel n’est utilisé que pour les très gros véhicules, les camions… Le prix à l’essence est calculé au gallon US.4
1 gallon US = 3,78 litres.5
J’habite en Louisiane, dans le top 10 des États producteurs de pétrole (le Texas est en tête). L’essence y est globalement moins chère que dans d’autres États. Il y a quelques semaines, dans les stations-service, le “regular” (l’essence classique) était en moyenne à 2,7 $/gallon. Il dépasse désormais les 3,5 $ et ce n’est pas terminé. C’est une hausse énorme pour les Américains. On sait à quel point le prix de l’essence peut être un sujet explosif.
Vu de France, l'augmentation du prix de l’essence pourrait faire rire. Si l’on ramène le prix du dollar en euro et le prix du gallon au litre, on serait aujourd’hui, avec la hausse, à environ… 0,85 €/L.
Avant cette crise, je faisais le plein de ma petite citadine pour l’équivalent de 25-30 €. Aujourd’hui, avec l'augmentation, on est autour des 40 €. Historiquement, le prix de l’essence est vraiment peu cher aux USA. Le sujet est donc particulièrement tendu.
Et maintenant, les engrais
Ces derniers jours, les yeux sont tous rivés sur le détroit d’Ormuz. On y parle évidemment des pétroliers bloqués mais on parle beaucoup moins des cargos transportant des engrais. J’ai appris en préparant cette édition que les pays du Golfe fournissent 30 à 35% des engrais azotés exportés dans le monde. Actuellement, une grande partie du trafic est à l’arrêt. Conséquence : une explosion du prix de ces engrais, plus de 30% pour l’urée en quelques jours sur les ports américains. Les professionnels du secteur ont alerté directement le président Trump sur la crise à venir.
Le calendrier n’est pas bon : on est à quelques semaines des semis pour les grandes cultures de maïs et de blé aux USA, une période cruciale et ces produits sont indispensables. On pourrait alors s’attendre à une flambée des prix alimentaires dans les 6 à 12 prochains mois…
Un dernier chiffre permet de prendre la mesure de l’ambiance actuelle :
72% des Américains jugent aujourd’hui la situation économique du pays mauvaise ou médiocre (Pew Research Center).
À 8 mois des élections de mi-mandat, on va voir comment tout cela va évoluer.
On se quitte avec un peu d'optimisme
Dans Sauce Américaine, il y aura évidemment des sujets plus joyeux ! Je vous présenterai dans quelques semaines un boulanger qui casse tous les clichés que l’on peut avoir sur les États-Unis : son pain est l’un des meilleurs que j'aie jamais goûtés !
Et puis je vous parlais la semaine dernière de mon flux Instagram qui ne me propose que des patrons s’enfilant des burgers… j’en ai encore un à vous présenter, Ron Vachris, le PDG de Costco. Cette enseigne est très célèbre pour au moins deux raisons : tout y est plus grand, plus gros et en plus grande quantité… et surtout pour son hot-dog à 1,5 $.
Alors pour rebondir sur le hot-dog à l’or et au caviar, on a évidemment eu le droit à une vidéo du PDG avalant son hot dog. À croire que l’Amérique tient dans un sandwich.
Alors votre hot-dog, vous le préférez comment ?
Le Wagyu est une race de bœuf originaire du Japon très réputée pour la qualité de son élevage et le persillage de la viande. C’est l’une des viandes les plus chères au monde. L’Australie en est un très grand producteur. Pour ce hot-dog, ils auraient pu prendre du très bon bœuf américain (il y en a) mais cet “australian wagyu” rajoute au prestige du sandwich.
En vérifiant si l’on peut vraiment manger ce métal précieux, j’apprends que l’or est comestible quand il est utilisé sous sa forme “alimentaire”. Il est alors considéré comme un additif, le E175, chimiquement inerte, il traverse le système digestif sans être absorbé. Bref, il entre exactement comme il ressort.
Ici, on trouve majoritairement des boîtes de 12 ou 18 œufs. Les boîtes de 6 sont plutôt rares. Tout est plus grand aux États-Unis !
À ne pas confondre avec le gallon anglais qui, lui, est à plus de 4,5 litres. C’est assez déroutant quand on arrive ici de devoir se former à une autre unité de mesure, c’est presque plus compliqué que la langue. Il faudra que j’en parle prochainement. Le système de mesure pour la cuisine, par exemple, est un sujet fascinant.
Pour le plaisir, je vous rajoute une anecdote sur ce système de mesure déroutant : quand on pense avoir compris les oz, les gallons, les miles… on s’aperçoit que les bouteilles de Coca-Cola, sont en litres ! Le standard ici, c’est 2 litres. Une exception, mais un choix fait par les multinationales du soda pour standardiser leurs productions à l’échelle mondiale.



