Le fast-food est devenu un luxe. Voilà comment l'Amérique contourne le système.
Au menu : un poulet viral, des fast-foods toujours trop chers, un malaise économique, des hackers et une méthode « à l'ancienne »…
En mise en bouche, voici l’histoire d’un poulet rôti, ou plutôt d’un demi-poulet rôti, qui enflamme les New-Yorkais et même au-delà. Un Français, Hugo Hivernat, ouvre début avril Gigi’s, un bar à vin à Brooklyn. À la carte, un demi-poulet rôti à 40 dollars (le poulet entier est à 70 $). Un conseiller municipal s’émeut sur Instagram du coût de ce demi-poulet. Vous connaissez la suite dans ces cas-là : des commentaires, des partages, un emballement, la presse française reprend l’histoire et zou : une polémique bien salée.
Alors oui, c’est cher, mais le chef justifie son prix par la réalité de la vie actuelle, surtout à New York (coût des matières premières, les charges, les salaires…). Le New York Times relate cette affaire en citant une interview d’Hugo Hivernat :
« Nous voulons maintenir des prix abordables », avait-il déclaré au New York Times en décembre 2025. « Enfin, abordables pour New York. »
De son côté, le site The Infatuation nous propose un très sérieux et très drôle index du prix du demi-poulet. Résultat : à New York, le prix du demi-poulet varie entre une dizaine de dollars et 78 dollars ! Notre pauvre rôtisseur français est donc dans la moyenne.

Tout cela révèle un vrai malaise économique actuellement aux États-Unis sur le coût de la vie et notamment au restaurant.
C’est cher, même au fast-food
Je vous ai déjà parlé du coût de la vie aux États-Unis, c’était il y a quelques semaines. J’évoquais la hausse du bœuf, la shrinkflation avec le café, le prix de l’essence qui s’envole (les prix ont encore augmenté depuis) et surtout l’augmentation du prix au restaurant avec un chiffre assez important : près de 70 % des Américains disent vouloir réduire leurs sorties au restaurant en 2026. Le sujet est le même pour les fast-foods. Cette nourriture, historiquement très bon marché, l’est de moins en moins. Alors pour continuer d’attirer les clients, les enseignes proposent des formules spéciales. Et en ce moment, il y en a beaucoup.
La première fois que je vous ai partagé ce panneau publicitaire, le menu affiché était à 4 dollars pour un « extra value meal », un menu très abordable. C’était il y a plus d’un mois et demi. Actuellement, la proposition est en dessous de 3 dollars. Il est pratique ce panneau, pour suivre les tendances.
Voici quelques chiffres et anecdotes sur ce phénomène grandissant des menus attractifs. Déjà, ils répondent à une demande : près de 80 % des Américains considèrent désormais le fast-food comme un luxe. Premier effet, cela semble fonctionner, car ces formules attirent près d’un tiers du trafic actuel dans les fast-foods. Mais, à la lecture d’un article de Business Insider, on s’aperçoit que c’est bien plus compliqué que ça. En voici une citation intéressante :
« Si vous consacrez trop d’efforts à proposer des réductions de prix à vos clients, ils s’y habituent et ne reviennent pas payer le prix fort lorsque les choses s’améliorent. Subway n’arrive toujours pas à se remettre de son offre de sandwich de 30 cm à 5 dollars, 14 ans après l’avoir supprimée ».
Au-delà du tarif attractif, un sujet fait grogner ici : les clients remarquent que les portions sont de plus en plus petites. Certes c’est moins cher, mais on en a moins. Alors certains petits malins ont trouvé une autre solution pour faire des économies…
Les « hackers » du fast-food
Ce qui m’a décidé à vous parler de ce sujet, c’est une technique de filou qui dit beaucoup de l’ambiance actuelle.
En 2024, Joshua Mileham, un utilisateur de TikTok, a découvert un « hack », une technique pour « pirater » l’enseigne spécialisée dans le poulet, Popeyes. Je vous fais un résumé de la combine : on achète le produit le moins cher, ici il s’agit d’une sauce à 0,29 $. On obtient un ticket de caisse sur lequel il y a souvent au dos une enquête de satisfaction. Si on remplit cette enquête, on obtient un code promo qui nous permet d’avoir gratuitement deux morceaux de poulet et un petit pain en échange de l’achat d’une boisson. On s’en tire pour un menu complet aux alentours de 3,50 dollars. Si vous voulez voir à quoi cela ressemble, la vidéo est ici. Cela avait fait beaucoup parler au moment de la publication. Deux ans après, des vidéos montrent que ça fonctionne encore (visiblement ça ne fonctionnerait pas à tous les coups, mais c’est encore d’actualité).
Ce n’est pas qu'un phénomène unique, car si vous tapez « fast-food hack » sur votre réseau social préféré, vous découvrirez des centaines de vidéos de techniques, combines et filouteries pour moins dépenser dans les fast-foods.
De l'enquête sur le ticket de caisse aux optimisations des applications pour commander, en passant par des forums entiers dédiés, on découvre un monde parallèle du hack de fast-food. Plutôt que de tout verrouiller, les marques laissent faire. Des vidéos virales, c’est de la pub gratuite. Des spécialistes du secteur expliquent même que certaines chaînes encouragent ces hacks.
C’est plutôt drôle à regarder, mais cela témoigne tout de même d’une vie de plus en plus chère et compliquée dans ce pays qui compte plus de 200 000 enseignes de restauration rapide.
Dans un article du magazine Géo sur les fast-foods et le mal-être économique actuel aux USA, on apprend que :
La promesse historique du fast-food — nourrir à bas prix — s’effrite. Depuis 2015, manger à l’extérieur a augmenté de 52 %, contre 30 % pour manger à la maison. Sur un an, les prix des menus ont augmenté de 4,1 %, contre 2,4 % pour la nourriture à domicile.
Le voilà le « hack ultime » : manger à la maison !
Et si la vraie combine, c’était la cuisine ?
Alors, ça semble être une évidence, mais il y a une phrase que j’ai entendue des dizaines et des dizaines de fois ici : « Manger au restaurant, c’est moins cher que de manger à la maison ». C’était peut-être vrai il y a quelque temps, mais ce n’est plus vraiment d’actualité.
Le magazine Forbes a fait le calcul et les chiffres sont parlants : un burger serait 438 % plus cher au restaurant qu’à la maison et des lasagnes coûteraient 586 % de plus au restaurant que faites maison !
C’est la même situation pour les pâtes à la sauce Alfredo. J’aime bien cette sauce car elle dit beaucoup de choses sur les États-Unis. Elle est hyper présente ici. J’ai même le sentiment que dès qu’un restaurant propose des pâtes, c’est presque toujours avec de la sauce Alfredo. Une sauce vendue comme bien italienne… pourtant elle est quasi introuvable en Italie. L’exemple parfait de la gastronomie italo-américaine. La recette est assez simple, à base de beurre, de parmesan et de crème, qui coûte moins de 3 dollars par personne à la maison. C’est six fois plus cher au restaurant !
Cette semaine, dans une grande enseigne assez chic en Louisiane, on a trouvé un poulet rôti bio à 13 dollars. Je ne sais pas s’il était aussi bon que le demi New-Yorkais, mais il était moins cher.


