Pourboires aux États-Unis : combien laisser et pourquoi c'est si compliqué ?
Au menu : Au gros pourboire à la Maison-Blanche, un malaise, une incompréhension et un système bien plus compliqué qu'il n'y paraît.
Un généreux pourboire à la Maison-Blanche
Voici une livraison d’un McDonald’s à domicile un peu particulière qui a eu lieu aux États-Unis. Si vous avez raté la scène : ça s’est passé lundi 13 avril 2026 au 1600 Pennsylvania Avenue à Washington, D.C., l'adresse… de la Maison-Blanche. Le client : Donald Trump. La livreuse de DoorDash (l’appli ultra-populaire pour les commandes en livraison ici) Sharon Simmons annonce la commande : « They’re all your favorites » (il y a tous vos produits préférés), le président américain raffole des burgers de « Mickey D’s »
Sharon Simmons est bien une livreuse DoorDash et la commande est vraie, mais tout le reste est une mise en scène. Devant la porte du Bureau ovale, le président « improvise » une petite conférence de presse sur un sujet très actuel et très politique : les pourboires, les tips en anglais.
L’objectif de cette séquence (la vidéo complète est ici) était de mettre en avant la mesure « No tax on tips », qui permet aux travailleurs concernés de déduire jusqu’à 25 000 dollars de tips de leur revenu. Cette réduction d'impôts fait partie de ce que le président nomme le « Big Beautiful Bill », un « grand et beau projet de loi ». Il s’agit de son grand projet fiscal, il précise même lors de cet échange qu’on devrait l’appeler le «grand, gros, magnifique projet de loi de réduction d’impôts ». Toujours plus. Le sujet est d’autant plus actuel que les Américains avaient jusqu’au 15 avril pour déclarer leurs impôts au niveau fédéral.
Cette mesure fait évidemment du bien aux travailleurs du secteur. Dans l’exemple de Sharon Simmons, elle déclare avoir pu déduire plus de 11 000 dollars. Mais attention aux effets d’annonce. Cette mesure qui concerne la déclaration de cette année est temporaire (elle n’est valable que jusqu’en 2028) et ne change rien au principal problème : un salaire horaire de base, souvent très bas pour les employés au pourboire.
Le président a profité de cette conférence de presse pour évoquer tour à tour la guerre en Iran, les élections « truquées » de 2020, ce qu’il pensait du Pape et d’un match de MMA à venir à la Maison-Blanche. Généreux, Donald Trump offre un pourboire de 100 dollars à Sharon Simmons (ce moment a été énormément commenté) et l’invite à entrer dans le Bureau ovale. Quinze minutes d’une séquence pour le moins étonnante.
Taquin, le journaliste Will Weissert de l’agence AP News termine son article :
La Maison-Blanche a déclaré par la suite que Trump avait personnellement livré le repas — composé de cheeseburgers et de frites — au personnel de l’aile ouest.
On ne sait pas s’il a reçu un pourboire pour ça.
Dans tous les cas, le repas devait être froid.
Le malaise du tip, dès la première commande
Toute cette séquence illustre au moins un vrai sujet de société à propos des pourboires. C’est un peu plus compliqué que quelques billets donnés au livreur ou laissés sur la table au restaurant.
J’aimerais vous raconter une anecdote vécue il y a quelque temps : soirée entre amis chez nous, on commande des pizzas. C’est d’ailleurs la première fois que j’utilise l’appli DoorDash. Quatre pizzas, les taxes, les frais de livraison : 70 $. Au moment de la commande, l’appli suggère de rajouter un montant pour le tip. La commande dépasse alors les 80 $.
Vingt minutes plus tard, le livreur arrive, il me tend les quatre pizzas. Un doute à ce moment-là : devrais-je donner de l’argent en cash ? Je ne suis pas hyper à l’aise avec ce système, alors je m’excuse de ne rien avoir sur moi et je précise que j’ai déjà mis un pourboire dans l’appli. Sourire du livreur.
Cette anecdote, c'était il y a quelques mois et depuis, je ne suis pas toujours sûr de mon coup lorsqu’il s’agit de laisser un pourboire. Visiblement, je ne suis pas le seul.
15, 20, 22 % : les usages les plus courants
Ce qui nous intéresse ici, ce sont surtout les restaurants, les cafés, la livraison… Le salaire de base des serveurs est souvent assez bas, alors le tip fait partie intégrante de leur rémunération. En France, on laisse un pourboire comme un bonus, ici c’est vital pour une grande partie du personnel.
Combien faut-il donner de pourboire aux USA ? Voici quelques habitudes et usages :
15 % : c’était longtemps la norme, aujourd’hui c’est vu comme le minimum acceptable.
18 % : c’est un peu le palier acceptable.
20 % : le service était bon. C’est ce que beaucoup d’Américains font.
22 % et au-dessus : le service était exceptionnel.
Voilà pour les grandes lignes.
J’ai en mémoire le conseil d’un guide lors de mon premier séjour aux États-Unis, en 2010 : « Tu comptes 10 %, c’est facile à calculer et tu arrondis un peu au supérieur ». 20 % aujourd’hui, c’est une belle augmentation. Pendant ce temps-là, le salaire horaire minimum des serveurs n’a pas beaucoup progressé.
J’en ai discuté avec Mickael Roche, du restaurant La Croisette. Je voulais comprendre comment cela fonctionne vraiment au quotidien. On a parlé chiffres, habitude de tip, salaire minimum en Floride (selon les États, le salaire minimum du personnel peut passer du simple au presque double). Deux choses à retenir : « Les clients ont l’habitude de laisser 20 %, mais les jeunes laissent de moins en moins ». Mais surtout un chiffre qui dit beaucoup :
« Le total du pourboire pour un serveur ou une serveuse, cela représente près de six fois le salaire de base ».
On n’est donc pas du tout sur un bonus sympa, mais sur un système vital qui compense des faibles salaires.
On ne sait jamais ce qu’on va payer
Vous pensez enfin avoir compris les tips ? Attendez de voir votre ticket au restaurant. Nouvelle anecdote vécue : les mêmes amis, toujours des pizzas, mais cette fois-ci, ça se passe au restaurant.
On est sept à table. Les pizzas sont entre 19 et 23 $. L’addition arrive : le prix total a quasiment doublé par rapport au menu. Au prix de la pizza, on ajoute les taxes, des frais de service (qui ne sont pas du pourboire pour les salariés, quand je vous disais que c’était compliqué…), des frais de 20 % car on est plus de six à table et en bonus une petite taxe de 4 % parce qu’on paye par carte de crédit. Au moment de payer, le terminal propose d’ajouter automatiquement la gratuity (l’autre nom du tip) de 25, 22 ou 20 % (pour donner moins, c’est en plus petit sur l’appareil). Alors cette enfilade de frais, de taxes et ce sentiment de désormais payer pour tout sans savoir pourquoi, cela a un nom : la tipflation, une « inflation des pourboires » qui agace de plus en plus les clients américains.
En regardant cette étude du Pew Research Center, on s’aperçoit que les Américains sont également assez confus concernant ce système. Certains pensent que c’est une obligation, d’autres que c’est un choix.
La majorité (49 %) affirme que cela dépend de la situation, ce qui souligne l'absence de règles ou d'attentes uniformes. (Pew Research Center)
72 % des Américains sont contre l’ajout automatique de frais de service et de taille de groupe sur les factures. Quand je repense à mon addition à la pizzeria…
La livreuse qui a refusé le tip
Il faut que je vous parle d’une vidéo très virale, datant de janvier 2024. La scène est filmée depuis la caméra d’une sonnette (il y en a beaucoup ici). Une livreuse arrive, la cliente ouvre la porte pour récupérer sa commande et tend directement un pourboire en cash. La livreuse refuse. S'ensuit un moment de malaise. La livreuse explique qu’elle a laissé un mot dans le sac. Refuse une nouvelle fois le pourboire et s’en va.
Ce que révèle cette vidéo : une incompréhension des deux côtés. La livreuse, voyant la commande sans tip dans l’application, l’a interprétée comme un refus du pourboire, pourtant vital pour elle. La cliente préférait, elle, donner en cash pour être sûre de recevoir sa commande. Toutes les deux sont légitimes, mais victimes d’un système bancal.
Un article de Newsweek qui relate cette vidéo cite une étude YouGov : une majorité d’Américains préféreraient que les serveurs soient mieux payés plutôt que de dépendre des pourboires.
De mon côté, je vais continuer de tipper. En ayant tout ça en tête.




Intéressant ! Je m'interroge sur la raison du salaire aussi bas ? Et pourquoi est-ce au consommateur de compenser le manque salarial ? Merci pour ton article !
Très intéressant !