Le succès… étonnant de ces produits français aux États-Unis
Au menu : des produits français qui rayonnent aux États-Unis… et ce n'est pas que les croissants !
Lorsque l’on évoque la France aux États-Unis, il y a immanquablement l’image de la baguette ! C’est vrai. On trouve ici des baguettes de pain plus ou moins ressemblantes et plus ou moins bonnes.
La boulangerie est vraiment l’un des emblèmes français et on compte plusieurs centaines de boulangeries artisanales françaises aux USA. Sachez que les Américains ont une passion pour les croissants. Dans une précédente édition de Sauce Américaine, je vous avais présenté Nathalie et Mickael, un couple de Français installé en Floride qui proposent à la carte de leur restaurant de véritables croissants pur beurre. Toujours à propos des « kwassants » (la prononciation de ce mot fait rire les Américains), voici un article qui se demande si la ville de Los Angeles n’est pas devenue la capitale américaine du croissant et affirme que la ville possède les meilleures boulangeries du pays.
Un engouement peut-être dû à l’effet JO de Paris en 2024 qui a relancé ce « je ne sais quoi » du charme français : le raffinement, les petits luxes du quotidien, prendre le temps d’un café en terrasse. À ce cliché gourmand, on a donc les viennoiseries, la pâtisserie, le pain… Mais il y a d’autres engouements actuels pour le beurre ou les confitures d’une marque bien connue dans l’Hexagone : Bonne Maman. Dans un billet du site Taste, véritable ode au pot au couvercle à carreaux, on nous explique même que :
« Bonne Maman, c’est la petite Française des supermarchés : familière mais glamour ».
Le summum du chic serait de réutiliser ces pots de confiture pour y boire dedans.
Allez, un dernier exemple de ce soft power gourmand avec une pâtisserie bien connue des habitants du nord de la France et surtout des Lillois : le Merveilleux de Fred. Une meringue, garnie d’une crème fouettée retravaillée par le pâtissier Frédéric Vaucamps. À Lille c’est un succès… et à New York aussi. En 2017, un classement l’avait même propulsée meilleure pâtisserie de la ville.
Voilà pour la carte postale gourmande, mais si j’ai décidé de vous parler de ce sujet cette semaine, c’est qu’il y a d’autres produits, plutôt inattendus, qui font parler d’eux dernièrement.
Le Babybel, nouvelle star des réseaux
On parle bien du petit fromage rond dans sa coque en cire. Les États-Unis sont désormais le premier marché mondial du mini Babybel avec 20 000 tonnes par an ! Derrière ce phénomène, il y a une raison bien actuelle.
Avant de vous expliquer pourquoi, il faut que je vous donne un peu de contexte. On m’a toujours dit qu’aux USA, il n’y a que du « mauvais » fromage français et que les fromages au lait cru y sont interdits. C’est faux. On trouve certains fromages au lait cru ici, la condition est qu’ils aient plus de 60 jours d’affinage. Même s’il est possible de dénicher du très bon fromage, c’est quand même assez rare et cher et on trouve plus facilement du fromage pasteurisé : comme du brie ou notre Babybel. Mais ce n’est pas ça qui explique l’engouement actuel.
Dans la toute première chronique de Sauce Américaine, je vous racontais la folie du moment avec la protéine. Les médicaments anti-obésité sont un véritable phénomène de société : 1 Américain sur 8 prend un médicament coupe-faim, aussi appelé GLP-1. Ces médicaments imposent alors un régime alimentaire où il faut privilégier la protéine. C’est justement sur ce point que notre petit fromage rond tire son épingle du jeu. Dans un mini Babybel, il y a 4 g de protéines, un snack vendu comme sain et très pratique. Pour aller encore plus loin sur la tendance, la marque a lancé un modèle « pro » qui ne contient qu’un petit gramme de protéine en plus et des probiotiques. Un argument santé (et marketing) parfait pour les amateurs. Un véritable succès qui pousse l’entreprise française à ouvrir une deuxième ligne de production dans l’usine de Sablé-sur-Sarthe. La grosse part du Babybel à destination des USA est produite à Évron, en Mayenne.
Comme souvent quand il y a une tendance, vous ouvrez votre réseau social préféré, vous tapez les bons mots clés et vous entrez dans un monde parallèle dédié au Babybel. Voici une sélection de deux pépites : une première avec une utilisatrice sur TikTok qui goûte pour la première fois en mode ASMR (avec des chuchotements) et croque dans notre petit fromage directement avec la coque en cire… Une autre utilisatrice nous explique que même si elle sait qu’il ne faut pas manger la coque, elle trouve ça meilleur avec. Fascinante Amérique !
La choucroute, mais sans le jarret
Qui aurait pu prédire qu’on parlerait de choucroute ici ? En vérité, on mange des aliments fermentés depuis bien longtemps aux États-Unis, donc on n’est pas sur une tendance. Mais la choucroute a eu un gros coup de projecteur il y a quelques mois. En octobre 2025, Cheryl Hines, femme du secrétaire à la Santé, Robert F. Kennedy Jr., est l’invitée du Katie Miller Podcast. Elle y raconte que son mari ne se nourrit que de viande et de légumes fermentés et qu’il ramène sa propre choucroute au restaurant. Hilarité quand elle explique qu’il lui demande de transporter sa choucroute dans ses sacs de luxe.
Je vous ai déjà parlé de ce ministre complexe flirtant avec les thèses complotistes et en guerre contre les aliments ultra-transformés avec son programme MAHA : Make America Healthy Again (« Rendre l’Amérique à nouveau en bonne santé »). Cette tendance des aliments fermentés est pile dans cet esprit et dans une petite mode actuelle pour les pro-MAHA et les influenceurs bien-être : les « 4 K » pour kimchi, kefir, kombucha et kraut (sauerkraut, choucroute en anglais). Quatre aliments fermentés qui deviennent le symbole d’une nourriture saine et d’une discipline quotidienne.
Une nouvelle fois, sur Instagram ou TikTok vous découvrirez un univers de bien-être et de fermentation.
Pour les Américains, la french touch, c’est Paris, les croissants et Bonne Maman. Mais c’est aussi un fromage pour enfants et du chou fermenté qui s’invitent dans les salles de sport et les assiettes américaines. Une obsession pour la santé, mais pendant ce temps-là, il y a une réalité : plus de la moitié des calories consommées par les Américains sont issues de produits ultra-transformés et plus de 60 % chez les plus jeunes.



