Dans la précédente édition sur l’automne et les citrouilles, je constatais que j’avais plus d’un mois de retard sur le lancement de la saison. Cette semaine, je prends un peu d’avance : on est à un mois pile des fameuses midterms. Alors, je vous propose de regarder ce qu’il se passe dans l’assiette des électeurs.
Qui sera à table après le 3 novembre ?
Les midterms, ce sont donc les élections de mi-mandat aux États-Unis. Elles ont toujours lieu au milieu des quatre années de mandat du président. Cette année, cela se déroule le mardi 3 novembre 2026, et les Américains vont devoir voter pour le renouvellement total de la Chambre des représentants (435 sièges) ainsi qu’un tiers du Sénat (35 sièges sur 100). Pour la petite histoire, les Américains votent également ce jour-là pour toute une liste d’élus locaux, de juges, de responsables territoriaux. On vote pour le plus haut niveau du pays, comme pour les conseils scolaires ou les responsables du service des eaux. Le Congrès (la Chambre des représentants + le Sénat) est actuellement à majorité républicaine. C’est ce Congrès qui vote et valide les lois et le budget. Si les démocrates venaient à l’emporter dans une ou les deux instances, alors Donald Trump aurait plus de mal à faire passer de nouvelles lois.
Sachez que traditionnellement, le parti du président en place perd des sièges à cette élection. Si vous souhaitez jeter un œil aux sondages les plus récents, allez faire un tour sur la page du New York Times qui regroupe les toutes dernières enquêtes d’opinion. Et pour en savoir plus sur la politique américaine, je ne saurais que trop vous conseiller ces newsletters : Americana, Le Caucus et Zeitgeist, mes lectures hebdomadaires.
L’assiette n’est pas la priorité, mais…
Je dois être honnête, d’autres sujets tiennent le haut des débats : le coût de la vie, le prix à la pompe (dans la station-service à côté de chez moi, il y a eu 50% d’augmentation en un an), la crise au Moyen-Orient ou encore l’immigration. Mais si l’on regarde les prix aux supermarchés et la santé, il y a des choses à raconter.
Une assiette vide au Texas
Fin août, le média Axios révélait une campagne des démocrates attaquant une élue républicaine du Texas, Monica De La Cruz, avec des panneaux pub annonçant que l’élue « retire de la nourriture de vos assiettes ».

Pourquoi cette affirmation ? L’élue en question a voté la Big Beautiful Bill de Donald Trump, sa « belle et grande loi budgétaire » dont je vous ai déjà parlé dans une précédente édition sur les pourboire aux USA. Cette loi devrait réduire les dépenses fédérales pour l’aide alimentaire de près de 187 milliards de dollars sur dix ans (environ 166 milliards d’euros). Du côté républicain, on se défend en affirmant vouloir protéger les plus vulnérables, obliger les adultes en capacité de travailler à le faire et lutter contre la fraude et le gaspillage.
Cette « belle et grande loi », signée en juillet 2025, impacte le principal programme d’aide alimentaire américain, le SNAP (Supplemental Nutrition Assistance Program) : les conditions pour toucher l’aide sont plus compliquées, la part des étrangers qui la touchait précédemment est réduite et les États doivent augmenter leur participation. Dans cet article de la radio publique NPR, on apprend que :
« Depuis le début du second mandat de Trump, le nombre de personnes bénéficiant des prestations SNAP est passé de 42 millions à 36 millions, selon les chiffres de juin. La majeure partie de cette baisse s'est produite après la promulgation de la loi One Big Beautiful Bill. »
Juliana Kim, NPR.
Ce qui passe (ou pas) à la caisse
Dans le titre, j’évoquais le coca, c’est à ce moment de l’histoire qu’il arrive. Concrètement, le programme SNAP, c’est une carte créditée chaque mois avec laquelle les bénéficiaires font leurs courses dans des enseignes agréées pour des produits alimentaires : fruits, légumes, viande, lait, pâtes… En Louisiane, une expérimentation exclut quelques articles : c’est terminé pour les confiseries ou les bonbons au chocolat… mais pas le chocolat pour la pâtisserie. Plus étonnant encore, impossible de payer pour du Coca-Cola classique (sucré avec du sirop de maïs), mais c’est possible pour la version sucrée au sucre de canne. Au passage, la Louisiane est l’un des gros producteurs américains de canne à sucre. Et bien sûr, on peut toujours acheter ce que l’on veut avec sa propre carte bancaire.

Ces distinctions sont en accord avec la politique MAHA, « Make America Healthy Again », portée par le secrétaire à la Santé Robert F. Kennedy Jr., dont je vous ai déjà parlé à propos du succès des produits français aux USA, des étiquettes et des calories ou encore de la graisse de bœuf. Le ministre est d’ailleurs en guerre contre le sirop de maïs (sucre ultratransformé) qu’il qualifie de « poison » et préfère le sucre de canne. Le coca au sucre de canne serait donc plus sain ? Des experts interrogés par PBS estiment que le changement ne transforme évidemment pas le soda en alternative saine : dans cette boisson incontournable ici, il y a quand même 39 grammes de sucre dans une canette classique.
La carotte !
En Louisiane, il y a un programme partenaire de la carte SNAP : la Louisiana Carrot Initiative. La traduction française donne quelque chose comme « Initiative louisianaise pour la carotte ». Dit comme ça, cela pourrait faire sourire, mais c’est très sérieux : pour chaque dollar dépensé en fruits et légumes frais (uniquement chez Walmart, le géant des supermarchés), le programme recrédite 30 cents sur la carte. On incite donc à acheter des légumes… Une carotte pour des carottes !
Et les midterms alors ?
Le 3 novembre prochain, au moment d’aller voter, le choix ne se fera évidemment pas sur la recette du coca, mais peut-être sur une question très quotidienne : comment payer ce que l’on met dans son caddie. Dans un sondage AP-NORC paru début août, 41% des Américains se disaient inquiets de pouvoir payer leurs courses dans les mois à venir. Ils étaient 24% en avril.
Vous êtes nouveau ici ? Avec cette Sauce Américaine, j’essaye de comprendre la société américaine par l’assiette. Voici quelques contenus qui pourraient vous plaire :


As tu ressenti une différence de goût entre le coca classique et celui au sucre de canne ?